Premières démarches
Guide pratique • les premiers jours
Que faire dans les heures qui suivent
Les jours qui suivent la découverte comptent — non parce qu’ils décident de l’issue, mais parce qu’ils déterminent ce qu’il restera à examiner. Vous trouverez ici dans quel ordre il vaut mieux procéder, et quels gestes faits de bonne foi retirent des possibilités sans qu’on s’en aperçoive.
Le moment où l’on comprend est rarement net. D’abord un retrait ne passe pas, puis vient une explication qui tient encore, puis un nouveau délai. Et enfin la demande de verser quelque chose pour que soit libéré ce qui vous appartient — et le doute devient certitude. Ce qui vient ensuite se joue en quelques jours, et il vaut mieux les employer dans le bon ordre : s’arrêter d’abord, mettre en sécurité ensuite, et seulement alors écrire et conserver.
Aucun versement de plus, pas même le dernier
La première décision est de ne plus rien transférer. Elle paraît évidente et c’est la plus difficile, parce que la demande qui arrive précisément à ce moment-là est toujours présentée comme le dernier obstacle — une commission, une taxe, des frais de « conformité », une caution qui reviendrait avec le reste. Dans les dossiers qui nous parviennent, ce versement supplémentaire n’a jamais débloqué un retrait. Il a augmenté la perte et, parfois, rendu les faits moins clairs, parce qu’il ajoute un virement en apparence volontaire à une série qu’il faut au contraire décrire comme déterminée par une tromperie.
Mettre les accès en sécurité, avant toute chose
Si un programme d’assistance à distance a été installé — pour vous « accompagner », pour « configurer » quelque chose ou pour « corriger » une opération —, désinstallez-le et tenez pour acquis que tout ce qui est apparu à l’écran pendant ces séances est connu. Changez d’abord le mot de passe de votre messagerie et seulement ensuite ceux de vos accès bancaires : c’est par l’adresse e-mail que passent les réinitialisations et les codes de confirmation. Activez l’authentification à deux facteurs partout où elle manque. Si des actifs numériques sont en cause et qu’un portefeuille a pu rester exposé, le reste doit être déplacé vers un portefeuille neuf, créé sur un appareil sain et avec une nouvelle phrase de récupération.
Écrire à la banque, et pas seulement téléphoner
Téléphonez, bien sûr, mais confirmez-le par écrit le jour même : avec les dates, les montants et les bénéficiaires des virements, et avec la question explicite de ce qui reste possible sur les opérations les plus récentes. L’écrit fixe le moment où l’établissement a été informé, et c’est ce qui compte plus tard. Les possibilités changent selon le canal de paiement : pour un paiement par carte, il existe une procédure de rétrofacturation assortie de délais courts ; pour un virement, il existe le rappel, dont l’issue dépend de la banque du bénéficiaire et de ce qui se trouve encore sur le compte. Si la réponse de votre banque ne tient pas, les étapes prévues sont la réclamation écrite au service compétent de l’établissement, puis la saisine du médiateur bancaire.
Sauvegarder avant que les traces ne disparaissent
Les preuves disparaissent vite : l’accès au compte est bloqué, le profil supprimé, le groupe dissous. Mettez en sécurité dans l’heure : les relevés et les références de tous les paiements ; l’ensemble des échanges, y compris les débuts en apparence anodins, où l’on voit comment la confiance a été construite ; les captures de l’interface avec votre prétendu solde et la date visible ; les données de la société indiquées sur le site ; le nom exact du bénéficiaire de chaque virement et, s’ils existent, les adresses de portefeuille et les identifiants de transaction. Là où c’est possible, exportez les fichiers plutôt que de photographier l’écran, et rassemblez le tout dans un seul dossier daté.
Le passage devant les autorités
La plainte peut être déposée dans n’importe quel commissariat de police ou n’importe quelle brigade de gendarmerie, quel que soit votre lieu de résidence, et elle ne peut pas vous être refusée. Pour les escroqueries commises en ligne, la plateforme THESEE permet en outre un dépôt en ligne, utile pour préparer le dossier. Emportez les pièces de l’étape précédente : une plainte accompagnée d’une chronologie et de relevés est traitée autrement qu’un récit oral. En parallèle, signalez la plateforme à l’AMF, qui publie des listes d’acteurs non autorisés, et conservez le récépissé — votre banque vous le demandera, comme tout autre organisme.
Des gestes qui retirent des possibilités sans qu’on le voie
Quatre erreurs reviennent toujours. Verser une dernière fois pour que quelque chose soit « débloqué ». Effacer la conversation ou l’application, par fatigue ou par honte, alors qu’elles sont le cœur de la preuve. Faire savoir à son interlocuteur qu’on a compris — après quoi l’accès est fermé à l’instant et les traces disparaissent. Et attendre, en espérant que le retrait passe tout de même, pendant que les délais des procédures bancaires s’épuisent. Aucune de ces erreurs n’est déraisonnable : vue de l’intérieur, chacune s’explique. C’est précisément pour cela qu’il vaut mieux les connaître avant.
D’un tas de captures à un dossier lisible
Une fois les pièces réunies, classez-les par date et non par type : premier contact, premier versement, période de la prétendue activité, demande de retrait, blocage, nouvelles demandes de paiement. Ajoutez une page qui expose les faits sobrement, avec les dates et les montants, sans interprétation. C’est cette forme-là qu’un tiers — une banque, un service d’enquête, un juriste — peut lire et vérifier, et c’est elle qui permet aussi de dire vite ce qui tient dans le dossier et ce qui ne tient pas.
En bref
Arrêter les paiements, mettre les accès en sécurité, écrire à la banque le jour même, conserver avant que quelque chose ne disparaisse, et déposer plainte avec les pièces en main. Rien de tout cela n’assure une issue, et le temps écoulé ne referme pas à lui seul un dossier. Ce que ces démarches déterminent, c’est ce qu’il restera finalement à examiner.
Cet article a une finalité d’information générale et ne constitue pas un conseil juridique ou financier. Chaque dossier est apprécié individuellement : ce qui est possible dépend des faits, des pièces disponibles et de la loi applicable.